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Médiator, dénonciator : réflexion sur l’inindépendance de la presse

1 décembre 2011

L’affaire Médiator a rendu tout le monde suspect : les politiques, les experts, les médecins, les autorités sanitaires… ont tous été soupçonnés de conflits d’intérêt, d’avoir été achetés, soudoyés, corrompus. Et les journalistes dans tout ça ? Les journalistes comme les autres, à raison.

Mais ce qui me surprend, c’est que ça puisse surprendre. Ou en tout cas, que ça puisse surprendre d’autres journalistes.

Comment ? Claire Bonnot serait un pseudo ? Servier aurait commandité/relu/corrigé des articles dans le Quotidien du médecin ? Les articles de la presse généraliste s’en sont offusqués -à juste titre, entendons-nous bien- mais leur surprise m’a semblé légèrement exagérée. Des journalistes professionnels, sérieux comme ceux du Nouvel Obs, peuvent-ils ignorer les pressions commerciales exercées sur la presse ? A moins qu’ils ne s’agisse d’une fausse naïveté visant à se mettre au niveau du lecteur ignorant de la non-indépendance des médias. Ou de laisser penser que eux, en tout cas, n’ont jamais eu à subir ce genre de pression.

Et ceci entretient l’hypocrisie ambiante. Les journalistes seraient une profession fiable, avec une éthique irréprochable. Je veux bien, mais soyons objectifs : accordons le bénéfice du doute aux journalistes et considérons qu’ils respectent un code de déontologie… surtout quand l’argent n’entre pas en compte.

C’est quand même marrant qu’on admette plus facilement les entorses de la part de médecins (qui ont prêté serment de soigner, ou du moins de ne pas nuire), que de la part de journalistes (dont une bonne proportion est journaliste par fonction, non par formation, et n’a donc probablement jamais suivi de cours sur l’éthique).

Et là on est forcé de le reconnaitre : c’est pratique d’être celui qui parle au monde. Le journaliste, c’est celui qui apporte l’information à tous les autres. Il serait dommage, il est vrai, de ne pas soigner sa propre image au passage…

Un conseil, amis lecteurs, téléspectateurs, auditeurs, etc. : face aux journalistes, apprenez à exercer votre sens critique. Évaluez le risque de conflit d’intérêt et l’impact de l’information.

Si le canard local vous annonce que le chat de Madame Michaud a été écrasé samedi par Mr Bouchu, vous pouvez probablement le croire sur parole. A moins que le journaliste ne soit en conflit avec Mr Bouchu, et encore… l’impact est somme toute minime.

Si votre magazine féminin vante tel parfum plutôt que tel autre, vous pouvez vous demander si la rédactrice n’a pas reçu un flacon plus gros ou un petit cadeau de la part du parfumeur. Pas trop grave, il n’y aura pas mort d’homme, a priori.

Si un magazine pour les chocolatiers dit beaucoup de bien de telle nouvelle gamme de cacao exotique, vous pouvez vous interroger sur les raisons de cet éloge. Et commencer à en vouloir au magazine s’il vous pousse à investir dans une gamme décevante.

Et si un journal médical fait l’apologie d’un nouveau médicament alors que le laboratoire commercialisant ledit médicament est justement annonceur du journal, vous devez vous demander à quel point l’information est fiable. Quel est l’impact de cet article sur le lectorat. Pour aboutir à l’impact du médicament sur les malades.

C’est triste à dire, mais vieux vaut être méfiant et bien choisir à qui on fait confiance… Croyez-moi sur parole, je suis journaliste.

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