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i can’t get no…

Conf de rédac. On discute du lien texte-image dans notre dossier, quand le Chef nous dit : « faites une enquête de satisfaction lecteurs ».

Bon. Ça sort un peu de nulle part mais soit, faisons une enquête de satisfaction lecteurs. « Vous aimeriez savoir quelque chose en particulier?, qu’on lui demande. « Bof, surtout s’ils sont satisfaits », qu’il répond.

Bon. C’est un poil improductif mais soit, lançons la chose. « Par quel voie? », qu’on lui demande. « Ben tout », qu’il répond.

Bon. C’est moyennement précis mais soit, utilisons toutes les voies possibles. « Donc mailing, faxing, phoning, relai sur le site et dans la revue ? », qu’on lui demande. « Ouais, même si ça sert à rien » qu’il répond.

Bon. C’est assez laconique mais soit, explorons la pensée du Chef. « Ça ne sert à rien dans l’absolu ou c’est juste le relai dans la revue qui vous semble inutile ? », qu’on lui demande. « La revue, pourri. On aura trois réponses », qu’il répond.

Bon. On commence à être perdus mais soit, et relevons nos manches. « Si ça ne sert à rien, on peut peut-être se passer de la page dans la revue ? », qu’on demande. « Non, c’est bien, ça fait genre on s’intéresse à leur avis », qu’il répond.

Bon. On se regarde tous interloqués mais soit, et changeons d’angle d’attaque. « On a les fichiers pour le phoning et le faxing ? », qu’on demande. « Non, et comptez pas sur moi pour payer des fichiers pour une enquête de satisfaction », qu’il répond.

Bon. On sent qu’on approche de quelque chose d’épineux mais soit, avançons courageusement. « Investir dans un fichier ne vous semble pas rentable? », qu’on demande. « C’est surtout que ça sert à rien », qu’il répond.

Bon. Sensation de déjà-vu mais soit, investiguons à nouveau l’esprit du chef. « Le faxing et le phoning ne servent à rien non plus ? », qu’on demande. « Si. Ce sont les enquêtes de satisfaction qui ne servent à rien », qu’il répond.

Bon. Là c’est définitif : on est tous en bug. Et devant notre soudain mutisme, le WC se sent obligé d’élaborer un peu : « Ça ne sert jamais à rien. Je vous le dis d’expérience, l’un va vous dire qu’il adore telle rubrique, l’autre le contraire, et au final on n’est pas plus avancé. Mais faites-le si ça vous fait plaisir. Du moment que ça ne me coûte rien… ».

Bon. Pas sure qu’any of us can get satisfaction avec ce genre de dialogue, et j’ai de moins en moins de sympathy for this devil. Franchement, par moments, mon Chef a l’air complètement Stone…

Se faire aimer de son Chef en 3 leçons

Les études le prouvent* : la vie au bureau est bien plus belle quand votre Chef vous kiffe.

Voici donc un indispensable de la survie en entreprise, fruit d’années d’observation et d’un sens de la synthèse remarquable, j’ai nommé les techniques et méthodes pour se faire aimer de son Chef. Certifié efficace avec des vrais morceaux de commerciales dedans. Attention, le cumul des différentes techniques est synergique et exponentiel et peut mener à une promotion.

Technique n°1 : Montrer qu’on est débordé, mais sans râler.

Il n’est point nécessaire d’être vraiment débordé, la seule obligation est d’avoir l’air sous l’eau en permanence. A vrai dire, ne pas être débordé est un plus indéniable, car il est beaucoup plus facile dans ce cas de ne pas râler, ce qui est le corollaire impératif. L’employé noyé qui râle demande des choses, remet en cause l’organisation, génère du stress. Et le Chef n’aime pas le stress.  Donc avoir l’air débordé, mais dans la joie.

Comment faire en pratique ? Marcher très vite dans les couloirs, tout le temps. Employer des phrases comme « oh la la j’en peux plus, j’ai pas pu faire pipi de toute la journée ! » ou « Promis, je réponds à ton mail demain, mais là c’est vraiment trop la folie » ou « on parle en marchant, ok ? Parce que là je pars en rdv et j’ai encore trop de trucs à finir ».

Astuces : rester vague sur les « trucs » urgents, penser à sourire, porter des chaussures qui font du bruit.

Technique n°2 : Ne jamais le contredire.

Le Chef est un être fragile, malmené entre un égo surdimensionné et des capacités parfois limitées. Lui montrer ces limites n’est pas une bonne idée, et c’est là un doux euphémisme. Aussi, même s’il assène une énorme connerie, une incongruité sans nom et vous fait passer (la boîte, lui et vous au passage) pour une bande de buses incompétentes, gardez à l’esprit que le contredire n’aidera pas. N’aidera jamais. Surtout en public. Rapport à l’égo sus-mentionné. Donc ne jamais le contredire, ni même laisser penser que vous n’êtes pas d’accord, d’ailleurs.

Comment faire en pratique ? Les débutants pourront s’entraîner à rester silencieux. Soyez patient : sauf à être particulièrement timide ou soumis, ce mutisme facile en apparence requiert déjà pas mal de volonté. En niveau avancé, vous pourrez acquiescer discrètement ou hum-humer en fond. Pour arriver à faire passer ses propres idées, rétablir des vérités ou sauver votre réputation, il vous faudra maitriser le niveau expert (voir technique bonus).

Astuces : Entrainez-vous avec votre belle-mère, l’instit de vos enfants ou toute personne que vous avez furieusement envie de contredire. Prenez soin de garder aussi un visage impassible. Un sourcil levé, des yeux au ciel, un fou-rire retenu ou un sourire de connivence interceptés pourraient anéantir tous vos efforts.

Technique n°3 : Lui cirer les pompes.

Répugnant, n’est-ce pas ? Et pourtant, d’après nos observations, c’est une technique particulièrement efficace et qui pourrait quasiment se suffire à elle-même. Est-il nécessaire d’expliciter ? Pour vous faire aimer de votre Chef, vraiment aimer, il va falloir lui lécher les bottes. Et ça n’aura pas bon goût.

Comment faire en pratique ? User et abuser de phrases telles que « Oui, vous avez raison », « je n’y avais pas pensé mais c’est vraiment une bonne idée », « je pensais faire comme ça…[le laisser vous contredire totalement]… vous avez raison, je vais faire plutôt comme ça alors », « super, merci, je me sens beaucoup mieux maintenant » ou « formidable, je n’y aurais jamais pensé seul(e), vous êtes vraiment brillant ».

Astuces : Vous constaterez avec le temps que même énorme, ça peut passer. Il faut juste y aller progressivement. Pensez à sourire, si vous pouvez battre des cils et prendre un air vraiment admiratif, c’est un plus.

Technique bonus : la méthode Gabriel

Du nom d’un improbable graphiste qui a réussi à faire exactement ce qu’il voulait de la maquette, grâce à l’emploi de phrases commençant par « comme Karl le disait d’ailleurs très justement hier… » suivi de n’importe quelle idée que notre Chef Karl n’avait jamais proposée. Et ça marchait.

*Etude randomisée multifactorielle en triple aveugle menée chez Rubrik depuis 4 ans, analyse comparée de critères objectifs : consommation de kleenex dans les bureaux, mesure des décibels Moipiresques, évolution mensuelles des déjeuners craquages chez le jap, échelle de murmures rapportés à la consommation de café, niveau de coup-de-putage pondéré par les cycles menstruels.

Psychose

Hier bouclage, journée traditionnelle de speed mensuel où, comme d’habitude, nous attendons le Wonderful Chef, qui a bien spécifié qu’il voulait voir la couv avant le départ à l’impression et qu’il serait là à 14h.

17h, le chef est arrivé depuis une demi-heure mais papote avec son associé. Puis Moipire l’intercepte. Puis le comptable l’appelle.

19h, le Grand Chef s’affale sur la seule chaise libre à côté de Chipmunk, notre maquettiste, avec son air de « je suis épuisé vous n’avez aucune idée de ce à quoi peuvent ressembler mes journées ». Le Barbu s’adosse au mur, je pars chercher un tabouret et Diane se poste à côté du Grand Manitou. Qui la regarde du coin de l’oeil. Balaye sa silhouette de bas en haut pour revenir fixement sur la main gracieuse qu’elle a posée sur son ventre. Et lance : « Vous n’êtes pas enceinte au moins ? »

Stupeur générale. Je vois du coin de l’oeil le Barbu se contracter. Chipmunk lever un sourcil et froncer l’autre. Et moi je serre les dents. A nous trois, on doit rassembler une somme de pensées négatives assez conséquent qu’on pourrait synthétiser par « Donc ça n’est pas suffisant ? En plus de nous faire poireauter toute la journée pour venir exploser une couv qu’on a construite et réfléchie, et donc d’ignorer tout le travail qu’on a pu faire avant, en plus de faire ça au dernier moment au mépris de nos impératifs ou de nos horaires de travail, il faut vraiment rajouter le machisme, l’indélicatesse et la goujaterie ? ».

On se tourne tous vers Diane. Qui, madone de dignité, sans même rougir sous l’affront, répond : « je ne crois pas, Karl ».

Il reprend « non, parce qu’à une époque je disais félicitations, mais là ça commence à bien faire. Vous êtes sure que vous n’êtes pas enceinte ? ». Rebelote, cripsation, stupéfaction, désolement dans nos rangs. Et elle : « je ne pense pas. Mais maintenant que vous le dites, je ressens comme une nausée ».

Il n’a pas compris le double-sens, mais ça lui a fichu un coup au moral. La preuve ? Il n’a rien changé à notre couv.

Apple pie

Nous avons une appli iPhone !

Evidemment, elle n’est pas tout à fait complète. Vu qu’elle a été lancée à l’arrache pour être accessible lors du congrès. Même si on nous avait dit que ce serait impossible et que du coup on n’en a parlé ni dans la revue, ni dans les brochures du salon.

Bien sur on avait demandé au développeur de nous dire immédiatement si l’appli était acceptée par Apple à temps. Histoire de l’annoncer dans le prochain numéro, justement. Mais non. Il a prévenu Commerciale 6 (celle en charge des projets web), qui n’a pas jugé utile de transmettre l’info et n’a pas réalisé que la revue partait justement ce jour-là et que si, si ! On aurait finalement pu rattraper le coup. Vague envie de choper l’une pour taper sur l’autre.

Mais il y a mieux :  notre appli, ils l’ont appelée Cokolat.  Finalement, c’est peut-être mieux de ne pas avoir pu en parler dans la revue…

l’Ennamie

Chez Chokolat, au-dessus des commerciales, on trouve une directrice de développement*. Ce qui semblerait assez cohérent et structuré, donc inattendu chez Rubrik, si elle n’était aussi une sorte de directrice de rédaction** honoris causa. On l’appelle Cruella, en partie pour ses manteaux de fourrure. Mais on la nomme aussi l’Ennamie car ce surnom reflète parfaitement la schizophrénie du personnage.

Notre Ennamie est un conflit d’intérêt à elle toute seule. Une incohérence journalistique et humaine, un casse-tête au quotidien.

L’Ennamie est familière, nous traite d’enfoirés en éclatant de rire, nous raconte ses déboires sentimentaux, aime avoir un public pour son show. Elle est complice.

L’Ennamie est directive, appelle pour nous dicter ses idées, rappelle pour exiger des sujets, aime avoir des petites mains sous ses ordres. Elle est supérieure.

L’Ennamie est la créatrice de Chokolat, la maman de la revue. Elle est indispensable.

L’Ennamie travaille deux jours par semaine et 30 semaines dans l’année. Elle est absente.

L’Ennamie a des idées judicieuses, parfois brillantes. Elle est pertinente.

L’Ennamie paie ses vacances avec les pubs de la revue. Elle est vendue.

Le problème, c’est que l’Ennamie voudrait être notre amie, et voudrait être notre chef. Et elle n’arrive pas à conciler les deux. La chef a l’impression que les sous-fifres abusent de son amitié. L’indispensable conçoit mal de ne pas être au courant de tout mais l’absente ne consulte pas ses mails. La meneuse déplore qu’on ne prenne pas au sérieux la séductrice forcenée. Ca doit être dur d’être dans ses baskets (ou dans ses bottes Prada).

A force de switcher sans cesse entre une posture et une autre, elle peut dans une même journée engueuler le Barbu parce qu’elle croit qu’il n’a pas suivi un de ses « ordres » puis lui tomber dans les bras pour s’excuser d’avoir agi « comme une conne ». Hurler parce qu’on ne lui a pas soumis la couv et découvrir que le mail l’attend gentiment depuis 3 jours dans sa boîte pro. Mais aussi revenir de 3 semaines de vacances, parader en débardeur pour exhiber son bronzage, se scandaliser d’un message un peu entreprenant d’un client et nous reprocher de ne pas avoir construit un dossier de telle ou telle manière. Et quitter le bureau un mardi à 16 heures en disant  » à la semaine prochaine, les chéris. Et faites bien comme je vous ai dit ».

 

* un directeur de développement a pour mission d’élaborer et proposer à la direction la politique commerciale de l’entreprise.

**le directeur de rédaction est responsable de l’ensemble des aspects rédactionnels d’une publication, il est le patron du rédacteur en chef

*** problème : on ne peut être à la fois chef de la rédac et chef de la pub, puisque rédac et pub sont par définition des services aux objectifs opposés.

 

Mais voyons… tous les moyens sont à la Reine *

Pourquoi faut-il que tout devienne tellement épuisant dès que Moipire s’en approche ? Pourquoi demander des stylos devient une corvée ? On ne devrait même pas avoir à réfléchir aux stylos. On devrait avoir un placard, avec des fournitures, et basta. Ou éventuellement, si on a peur des chapardages, quelqu’un à qui on dirait « hey,  mes stylos sont tous dead, je peux en avoir une poignée ? ». Pis c’est tout.

Mais non. Dès que Moipire est là, tout est compliqué. Même lui envoyer un mail, c’est compliqué.

Faut-il le commencer par « Bonjour », « Bonjour Moipire », « Hello » ?

Si je mets « Salut beau gosse », aurai-je une réponse plus rapide ?

La demande formulée ne lui semblera-t-elle pas trop péremptoire ?

Peut-on se dispenser des remerciements anticipés ou cela risque-t-il de compromettre l’aboutissement de la requête ?

Dois-je mettre le Chef en copie ? Question ardue. Si oui, on s’assure une réponse ultra-rapide et probablement efficace. A vrai dire, c’est un moyen quasi-instantané de débloquer une situation paralysée depuis des semaines. Si je pouvais inventer un laxatif à moitié aussi efficace que ça, je serais vraiment très très riche. Mais c’est aussi le plus sur moyen de se mettre Moipire à dos, pour une durée variable allant de quelques jours à l’éternité.

Oser impliquer le Chef dans les petites affaires de Moipire ! Oser remettre en question le pouvoir de Moipire !  Oser essayer de trouver un moyen d’outrepasser ce pouvoir ???

Scandale !

Je me dis parfois qu’il doit exister des entreprises normales, où on peut faire des demandes, obtenir des réponses, sans que cela vire à la guéguerre et aux luttes de pouvoir. Des entreprises avec des placards à fournitures. Des boîtes où, pour remplacer son fauteuil de bureau tout déglingué, on n’est pas tenu de faire des courbettes à une dinde à boutons de manchettes pendant des semaines.

Et comme je rêve un peu, j’imagine qu’il existe quelque part des boîtes où la direction ( ou ce qui se prend pour la direction dès qu’il en a l’occasion) ne prend pas totalement les employés (ou ses collègues) pour des cons.

Parce que quand Moipire dit que non, il n’a pas encore commandé les photos pour le prochain numéros, mais que c’est parce que c’est compliqué, qu’il faut à chaque fois rentrer le code de carte bleue et que c’est super long… Ben nous on sait très bien qu’il a juste oublié. Parce que ça ne marche pas avec une carte bleue.

C’est pas un peu pathétique, ça ? Savoir

1-que quelqu’un te ment,

2-qu’il te balance un mensonge énorme,

3- que ce mensonge est tellement énorme qu’il te prend forcément pour un con et

4- ne rien pouvoir dire alors que

5- si ça se trouve, il sait que tu sais que c’est du pipeau.

Qu’on leur tranche la tête, ouais.

*le chat de Chester, parlant de la Reine de Cœur, dans le Alice au pays des merveilles de Disney

He had a dream

Marrant comme les infos circulent, ici. Et une de nos questions sans réponse, ou sujette à débats, est la suivante : savent-ils (le Chef, Moipire, Cruella, bref les hautes sphères de la boîte) à quel point ça circule ? Et si oui, parler aux uns est-il un moyen d’informer les autres ?

 Certains d’entre nous pensent que oui, que c’est même un moyen très pratique et sournois de saper le moral de ceux qu’on voudrait pousser vers la sortie. D’autres pensent qu’ »ils » sont juste très cons, se croient très forts et/ou n’en ont rien à foutre. Ça se défend aussi.

 Par exemple, quand le Chef nous dit que c’est pour tout le monde pareil, et que chez Edulkorant aussi les salaires sont bloqués depuis deux ans, c’est forcément qu’il est très con, ou très naïf, d’imaginer qu’on puisse ne pas être au courant de leurs augmentations de début d’année. Non ? Ou alors il a juste envie de clore rapidement la discussion, et se dit qu’en y allant au bluff ça passera. Ou que personne ne dira rien. Donc qu’il se fout totalement de ce qu’on peut penser, du moment qu’on ne lui casse pas les pieds.

Mais quand Moipire raconte à la maquette qu’il a fait un rêve où il y avait toute la boîte, qu’on était enfermés dans une pièce surchauffée, que tout le monde commençait à s’énerver mais que « certains, comme Griotte, revendiquaient aussitôt plus de place que les autres », on peut se dire qu’il y a là un message pas tellement subliminal. Ni très subtil.

Leurs cerveaux torturés recèlent encore bien des mystères…